• Un an de Cercle de Silence à Toulouse •
Septembre 2008
Le 30 Octobre 2007, nous commencions très modestement un Cercle de Silence sur la Place du Capitole à Toulouse. « Combien de temps allez-vous faire cela ? » nous demandait-on ; nous répondions « autant de temps qu’il y aura un sens à continuer ».
Peu après on nous a demandé : «quels sont les résultats ? » Nous avons rappelé alors que nous étions engagés dans une action pour éveiller et réveiller des consciences sur des événements qui détruisent ce qu’il y a de plus précieux dans l’être humain : son humanité. Destruction chez les étrangers, victimes évidentes, et destruction à l’intérieur de ceux qui acceptent d’être injustes ou méprisants. Nous sommes engagés dans un changement de l’opinion publique. Nous observons certaines réactions plus positives à l’égard des sans-papiers. Toutefois nous voyons bien que l’opinion majoritaire est encore très négative comme l’ont montré le vote de la Directive Européenne et les dernières dispositions réglementaires françaises.
Nous ne cherchons pas de résultats rapides et mesurables, nous travaillons pour un changement durable d’attitude à l’égard des étrangers. Nous espérons apporter notre petite pierre à un débat national qui a besoin de se faire. Nous invitons nos concitoyens à prendre le temps d’écouter en eux-mêmes les exigences de leur conscience par delà les peurs. Nous l’avons écrit « ces problèmes sont mondiaux et complexes …. Nous ne prétendons pas avoir la solution. Mais aujourd’hui nous pensons que nous pouvons aller plus loin ensemble et que le chemin passe par le respect de la dignité de toute personne humaine. »
Environ 60 Cercles de Silence se réunissent en France actuellement. Ils ont des formes différentes, des dates variées, des revendications distinctes. Ils regroupent des citoyens de tous horizons et nous en sommes heureux. Il nous semble qu’ils restent tous marqués :
· par un même souci de rester collé à la réalité des Centres de Rétention Administrative (CRA) où la dignité humaine est mise en danger,
· par un même objectif : aider nos concitoyens à prendre conscience de la réalité de
l’enfermement,
· par une même certitude qu’il existe des solutions alternatives à l’enfermement d’étrangers en situation irrégulière.
Ces signes encourageants et de nombreux exemples de personnes posant des actes de résistance non-violente, ne nous cachent pas que la situation légale et concrète des sans-papiers a empiré au cours des douze derniers mois. Les derniers textes interdisent aux Associations se rendant à l’intérieur des Centres, à informer sur la situation humaine réelle dans les CRA : c’est un dernier pas grave par rapport aux libertés humaines et à notre dignité à tous. Nous voyons une urgence plus grande que jamais à continuer notre Cercle de Silence à Toulouse. Nous nous permettons de vous livrer ci-dessous notre témoignage et notre conviction.
- Après ces 11 mois, nous pouvons dire ce que nous avons vu et entendu :
Le silence n’est pas seulement une stratégie pour se faire entendre, mais un chemin pour une transformation :
· le silence permet à toute personne de nous rejoindre, en dehors des mots vides ou qui séparent,
· le silence permet à des citoyens jusque-là très éloignés de tout engagement et de toute revendication sociale de faire un premier pas. Ils se questionnant sur « Que vivent ces personnes à ma porte ? Quelle est ma propre responsabilité ? Puis-je laisser faire cela ? »
· le silence sert également de préparation intérieure à des formes plus radicales d’engagement : « Jusqu’où va notre cohérence entre notre désir de justice et les conséquences que nous nous sentons prêts à assumer dans notre quotidien ? »
- Notre conviction est :
1°- La force d’un Cercle de Silence réside dans la qualité du Silence, dans sa vérité qui interroge les membres du Cercle et ceux qui passent. Si la qualité de ce Silence est difficile à maintenir, peut-être est-il possible de tenir durant 30 minutes seulement. A notre avis moins que cela nuirait à son efficacité.
2°- Ceci suppose donc qu’il y ait autour du Cercle des documents explicatifs de l’action, et deux ou trois personnes pour donner des explications complémentaires, sans gêner le silence.
3°- C’est le Silence et notre écoute ensemble de notre commune humanité qui nous unit quelles que soient nos situations politiques, économiques ou d’âge. Que nous soyons animés par une foi en Dieu quelle qu’elle soit ou que nous soyons incroyants ou athées, nous partageons la même humanité et nous voulons qu’elle soit respectée. Nous nous respectons les uns les autres.
4°- La force de la non-violence requiert de tous les membres du Cercle, d’écrire, de parler, de se comporter en respectant profondément ceux dont nous combattons les choix, les décisions ou les actes. C’est une question de cohérence pour chacun d’entre nous, et c’est ce qui agrandira le nombre de ceux qui agiront pour faire cesser l’enfermement des étrangers sans papiers et les dérives qui l’accompagnent.
5°- Des propositions concrètes faites à l’issue des Cercles de silence (pétitions, accompagnement au tribunal, etc……. ) aident les participants à concrétiser la force et la clarté trouvés dans le silence vécu en commun.
Pour nous contacter : www.franciscainstoulouse.fr ; franciscainstoulouse@orange.fr
Les frères franciscains de Toulouse
Aux participants des Cercles de Silence. Septembre 2008
• Esprit des cercles de silence de Toulouse, organisés par les frères Franciscains•
7 février 2008
Plusieurs groupes ou personnes nous ont contacté ces derniers jours pour nous faire savoir qu'elles souhaitaient s'associer à notre protestation et à notre mouvement de silence et de prière contre l'enfermement des sans-papiers. Nous croyons que l'expérience des derniers mois et surtout des mois de préparation qui ont précédé la mise en place du cercle de silence, pourrait vous être utile.
Sur des problématiques aussi complexes, tenir une juste place est un exercice périlleux. Certaines des personnes qui nous ont écrit ont peur : peur de l'autre, peur de la disparition de notre identité... D'autres cherchent des responsables à fustiger. Nous voulons éviter l'une et l'autre de ces attitudes, tout en refusant de demeurer dans un compromis mou. Nous ne passerons de la peur à la confiance, qu'en étant à la fois fermement décidés et déterminés, compatissants et compréhensifs.
C'est ce que nous aimerions partager ici avec vous, l'essentiel étant pour nous que de ce terreau du silence puissent émerger des propositions et des solutions nouvelles qui respecteront la dignité de tout être humain.
Voici donc quelques principes qui nous ont guidés et nous servent aujourd'hui encore de boussole.
Des cercles pour dire une indignation.
Les personnes qui se joignent au cercle ont été touchées : qui par un témoignage, qui par une
photo... quelque chose au fond de nous crie: « ce n'est pas possible de continuer comme cela ! »
Cette indignation a du mal à trouver des chemins concrets d'action : une dame nous disait: « je ne sais pas quoi faire, mais ça, au moins, je peux le faire ! »
Le silence porte une gravité et une urgence. Ceci sera d'autant plus ressenti par les passants que le silence sera profond et habité.
Des cercles pour rencontrer et soutenir.
Ce cercle est une sorte de caisse de résonance. Des associations comme la CIMADE, le CCFD ou le RESF sont très actives dans ce domaine, sans compter bien sûr les services de la pastorale des Migrants des diocèses. Nous vous invitons donc à prendre contact avec les antennes locales de ces associations. Elles pourront vous informer sur les situations concrètes qui existent près de chez vous. Un cercle de silence coupé de cet ancrage local a peu de sens et aura du mal à fédérer des personnes autour de lui. L'essentiel du travail est réalisé par ces associations et c'est un travail que nous saluons. Notre action ne vient pas en concurrence de ce qu'ils font déjà, mais en soutien et dans une complémentarité réelle puisque sur Toulouse, nous ne touchons pas les mêmes personnes.
Des cercles pour informer.
A Toulouse, nous avons deux panneaux (1 m*1 m) avec quelques photos du centre de rétention de Cornebarrieu. Deux personnes distribuent des tracts aux passants. Beaucoup découvrent la réalité de l'enfermement des sans-papiers. Une dame en voyant les photos nous disait : « Ce n'est pas en France ça ? »